Devenir vegan à l’adolescence (quelques questions à CJ-Vegan)

Être ou devenir vegan est souvent considéré comme une question d’adultes alors que dans la pratique, beaucoup de jeunes développent très vite leur sensibilité aux animaux. Ils souhaitent alors très tôt dans l’adolescence devenir végétarien puis/ou vegan. C’est donc une question importante qu’il faut évoquer.

Le CJ-Vegans est un collectif de jeunes vegans, destinés aux adolescents vegans. Regroupant surtout des adolescents, leur but est d’échanger des informations, partager des expériences et s’entraider. On peut les retrouver sur Facebook, Twitter et Instagram, ainsi que sur leur site Internet cj-vegans.com.

Voici quelques questions à deux membres du collectif, à propos du fait de devenir vegan lorsqu’on est adolescent.

Pouvez-vous vous présenter rapidement, quel âge avez-vous et depuis quand êtes-vous vegan ?

Je m’appelle Elsa AIRAULT, je suis étudiante en Terminale Littéraire -science de l’éducation, j’ai presque 19 ans et je suis vegane par conviction depuis un an.

Quant à moi, je m’appelle Sacha GHNASSIA, j’étudie en Israël, et suis membre provisoire du Model United Nations (MUN). Fondateur du CJ-Vegans, je suis vegan depuis 4 ans maintenant et militant antispéciste.

De nombreux jeunes commencent par arrêter de manger de la viande puis deviennent strictement végétariens avant de devenir vegan plus tard, à la fn de l’adolescence. Constatez-vous ou bien avez-vous l’impression que les jeunes deviennent vegan de plus en plus tôt par rapport à leur « transition » via le végétarisme, voir deviennent de plus en plus souvent directement vegan ?

Il est vrai que les transitions sont de plus en plus faciles grâce à l’accès à une documentation fable et aux produits plus accessibles et disponibles en supermarché. Toutes les réponses aux interrogations sur le veganisme peuvent être trouvées sur internet ; ce qui est un avantage énorme quand on sait que les jeunes grandissent avec les réseaux sociaux. Cela permet une transition beaucoup plus rapide, facile, et un veganisme plus viable que les précédentes générations.

On imagine que le principal obstacle pour des adolescents devenant vegan est celui de la famille. Les peurs peuvent être légitimes dans la mesure où les familles ne savent pas forcément qu’être vegan n’est pas dangereux pour la santé si l’on a les bonnes pratiques. Comment aidez-vous des adolescents devant faire face à ce problème, que leur conseillez-vous en général ?

Notre rôle est à la fois de rassurer les parents et de fournir les bonnes pratiques aux adolescents (ce qui va de pair) que ce soit dans les habitudes sociales, en essayant de leur inculquer l’argumentation et le débat autant que dans les habitudes alimentaires. La peur de l’inconnu, en l’occurrence du veganisme, un mode de vie qu’ils ne connaissent pas, est tout à fait légitime !

C’est pourquoi nous redirigeons les parents vers des études sérieuses réalisées par des médecins et scientifiques et répondons avec plaisir à leurs questions, que ce soit par mail ou sur nos réseaux sociaux.

D’après votre expérience, pensez-vous que cela soit une bonne chose pour un adolescent de devenir vegan par lui-même, sans que cela soit organisé ou encadré par ses parents ?

Nous préférerions que les parents soutiennent leurs enfants dans ce mouvement qui ,quoi qu’ils veuillent, ne fera que se développer et grandir. Cependant, dans la plupart des cas c’est malheureusement ce qu’il se passe. Les adolescents qui constituent nos membres sont majoritairement discrédités par leur entourage qui considère encore bien trop souvent le veganisme comme une rébellion, une crise d’adolescence… en somme : une rébellion qui finira par passer, ce qui bloque le débat et empêche tout dialogue ou accompagnement.

Au-delà du cadre familiale restreint, il y a celui plus large des oncles et tantes, des grand-parents, des amis, qui peuvent être très hostiles à la démarche d’un adolescent vegan, même quand il a le soutient de ses parents. On pense notamment à la question des repas de famille, qui est quelque chose de très important dans les traditions françaises. Êtes-vous souvent confrontés à ce sujet au sein du collectif ? Quelles peuvent-être les bonnes idées pour éviter que cela devienne un problème insurmontable lorsqu’on doit y faire face ?

Les repas de familles, surtout en cette période de fête sont sujet de BEAUCOUP de discussions dans nos groupes. Nous donnons le conseil de toujours assumer son choix, quitte à passer pour le/la relou. Il s’agit pour nous de la meilleure façon d’aborder les repas de famille. Ne pas le cacher, en débattre, répondre aux questions, briser le silence pour mettre fin aux rumeurs qui courent sur le sujet, rien de mieux que d’en discuter calmement.

Vegan ou pas, tout le monde est sensible aux images d’abattoirs et à la maltraitance animale, quoi qu’on en dise. Aborder ce sujet sera donc forcément intéressant pour les convives autour de vous, vous donnera confiance en vous, permettra de faire la promotion de ce mode de vie, et pourquoi pas donner vocation à certains d’entre eux 🙂

Un autre problème est celui des cantines scolaires. Au Lycée et encore plus au Collège où il est strictement interdit de ramener son propre repas, on imagine très bien les difficultés pour un adolescent souhaitant devenir vegan, d’autant plus que les menus sont élaborés selon une réglementation très stricte qui rejette le végétalisme. Comment, personnellement, avez-vous fait ou bien faites-vous face à ce problème ? Est-ce une préoccupation récurrente des gens de votre collectif, et si oui comment y répondez-vous, que conseillez-vous aux jeunes ?

Un de nos projets depuis 2 ans maintenant est la mise en place de menus végétariens dans les cantines scolaires et de proposer un accompagnement avec des aliments et des fournisseurs concrets pour remplacer les menus actuels. La loi française a strictement interdit les menus végétaliens dans les cantines, alors que l’Australie ou Israël quant à eux obligent chaque établissement à proposer dans les cantines scolaires un menu végétalien en plus du menu omnivore traditionnel.

Il existe aux États-Unis via l’association Peta une campagne assez connue consistant à réclamer des « veggie burgers » dans les cafétérias des établissements scolaires. Au-delà du fait que cela soit problématique d’un point de vue nutritif de centrer la question sur un « burger », il va de soi que le modèle des cafétérias dans les écoles américaines est différent du nôtre avec des « selfs » qui ne proposent en général qu’un seul plat, avec éventuellement une adaptation marginale à la demande pour des raisons culturelles ou allergiques. D’après votre expérience, qu’est-ce qui pourrait être amélioré en France pour les adolescents vegan à la cantine ?

Sur ce sujet, la loi est malheureusement claire : chaque repas servi dans les cantines scolaires doit contenir au minimum un produit laitier. Pour les adolescents vegans, il est donc pour le moment tout simplement impossible de bénéficier d’un repas complet en restauration scolaire publique. Cependant, certaines cantines ont déjà proposé des menus végétariens en remplaçant la « viande » par des steaks de soja certains jours de la semaine. Nous proposons à nos membres une pétition avec un guide de remplacement à fournir aux établissements pour les aider s’ils désirent faire un effort en terme de veganisation de leur cantine. Ce guide contient des produits de fournisseurs partenaires proposant des solutions spécialisées aux cantines : bons, équilibrés et peu chers, mais surtout… vegans !

Avez-vous fait face à des difficultés en particulier sur la nutrition, des carences éventuelles, des problèmes liés à la croissance ?

Pour mes parents, la condition ultime pour rester vegan était d’être en bonne santé. Je fais des prises de sang de contrôle tous les 6 mois, et n’ai ni de carences en fer, ni en protéines ; j’ai même un surplus de calcium ! Concernant la croissance, le mythe du lait pour grandir semble bien dépassé malgré la propagande intensive des lobbies laitiers.

Je mesure 1m73 à 17 ans après 4 ans sans voir touché à une goutte de lait de vache, et ce comme les dizaines de milliers d’adolescents vegans à travers le monde.
Donc plus d’excuses ! Un régime végétalien est bon et viable à tous les âges de la vie : il suffit de faire le test, et de surveiller un minimum son alimentation.

Le but de notre site est de proposer une documentation fable et accessible sur la nutrition pour les vegans. Pensez-vous qu’il manque des choses qui seraient spécifiques aux adolescents, qu’il faudrait aborder des thèmes liés à l’adolescence en termes de nutrition ?

Il est vrai que la documentation spécifique aux adolescents est malheureusement rare et donc difficile à trouver. Nous allons prochainement ajouter un onglet «Documentation» à notre site Internet, rassemblant les informations spécifiques à un mode de vie vegan, sous tous les angles : santé, animal, et environnemental ; pour renseigner de manière plus claire et de sources sérieuses les adolescents et les parents qui viendront sur notre site. En attendant, le site de la Fédération Végane est pour le moment le seul à renseigner spécifiquement et en détails sur les besoins des adolescents.

La question des produits laitiers est très présente en France et il existe une véritable propagande à leur sujet destinée aux adolescents. Avez-vous été ou bien êtes-vous confrontés dans votre quotidien à cette question des produits laitiers, recevez-vous des reproches ou des mises en garde sur le fait de ne pas en consommer, etc. ?

Sans hésitation, la France est le plus mauvais élève en termes de propagande laitière. Elle est le foyer des géants internationaux Danone et Lactalis, pesant plusieurs milliards et dépensant des centaines de millions en propagande publicitaire chaque année, adressé presque exclusivement aux enfants : télévision, magazine, emballages alimentaires, réseaux sociaux, dans la rue, et plus récemment même sur Youtube ; ils tentent de nous bourrer le crâne à longueur de temps et ce depuis notre plus jeune âge à l’aide des slogans aussi aguicheurs que ridicules.

Vous l’aurez bien compris, il est évident que la population et le corps médical ayant été nourris à cette propagande depuis des décennies a énormément de mal à se défaire des chaines et de l’addiction provoquée volontairement par cette industrie malsaine basée sur l’exploitation de mères et de leurs enfants. C’est ce qui pose donc le plus de problème : le fromage et le lait de manière générale sont présents littéralement partout et cela complique évidemment cette transition.

Avez-vous quelque-chose à ajouter ?

Pourquoi pas une citation du Youtubeur Jihem Doe :

Quand on me demande pourquoi je suis vegan, je réponds juste, « Parce qu’Eux ».

Merci d’avoir répondu à nos questions !

Merci à vous de nous avoir donner la parole.